Je me réveillais le lendemain matin avec
l'étrange impression qu'il me manquait quelque chose. Mon regard se
posa alors sur la boite à chaussures renversée, posée sur mon lit,
et toutes les photos et objets éparpillés dessus. Il me manquait.
Je ne savais pas s'il avait lu la lettre. J'espérais de tout
cœur qu'il la lise. Une profonde tristesse me prit alors que
je retournais une fois de plus les événements de la veille dans ma
tête. Mon corps tout entier avait mal pour lui. Tout avait été
orchestre par Ewen. Je le haïssais, pire que ça, je le maudissais.
Comment ne mettais-je pas rendu compte de son mal-être
?
Les larmes aux yeux, je me rallongeais. Je
n'arrivais plus à me contrôler et cela m'énervais. Je posais alors
mes mains sur mes yeux, et dans un sanglot, j'évacuais une nouvelle
fois la rage qui coulait dans mes veines.
Cela faisait maintenant un mois qu'Ilian m'avait
quitté. Quitté, ce mot était encore trop gentil. Lâchement
abandonné, largué pour un autre. Tous les matins, le premier visage
que je voyais était le sien et cela m'énervait. Rageusement,
j'éloignais les couvertures et m'asseyais sur le lit, complètement
nu. J'avais un début de barbe qui poussait et cela ne me gênait
pas. Je n'avais plus envie de plaire de toute façon. La tête entre
les mains, je me remettais doucement de la cuite que j'avais pris
la veille. Mon regard se posa sur mon réveil. J'étais une nouvelle
fois en retard.
C'est alors que la porte de ma chambre s'ouvrit
à la volée, libérant mon frère, le regard
furieux.
– Jaeden ! Tu devrais être en cours
depuis une heure déjà ! S'exclama-t'il, en
colère.
– Le réveil n'a pas sonné. Sors, je
suis à poil ! Répondis-je en haussant les
épaules.
– Arrêté tes conneries, j'en
ai ma claque de m'occuper de toi !
Je me levais, et attrapait les premières
affaires qui me passaient sous la main. J'étais habitué aux dires
venimeux de mon frère. Tellement habitué que cela ne me touchait
même plus. Une fois habillé, j'attrapais mon sac de
cours.
– J'vais en cours. Dis-je, en passant
devant lui.
Je l'entendis soupirer et frapper ma porte, mais
sourd devant son attitude, je sortis en claquant la porte. Mon
portable se mit à vibrer, et immédiatement je
décrochais.
– Tu veux quoi Jonathan ?
Demandais-je, sortant de l'immeuble.
– Savoir à quelle heure tu viens en
cours. Répondit-il, vexé
– Pas maintenant, j'ai un truc à
faire.
Je raccrochais alors, alors que le bus arrivait
devant moi. Jonathan était l'homme avec qui je sortais depuis peu.
Un ami à moi. Un ami, et dealer. Assis à ma place, mes yeux se
posèrent sur le reflet dans la vitre. J'avais changé. Mon visage
faisait plus vieux, et mon apparence délabrée, mais je n'en avais
rien a faire. Je pris alors mon sac et y sortit un bout de papier.
Je devais sortir au prochain arrêt.
Ce dernier arriva bien vite, et immédiatement je
descendis, prenant la première rue qui venait. Au bout, je
m'adossais, l'épaule contre le mur et regardait droit devant moi.
J'étais devant une école de commerce, une des plus prestigieuses de
la ville d'ailleurs. J'avais mis du temps avant d'arriver à savoir
où il était partit, et quelle ne fut pas ma surprise lorsque je
découvris qu'il n'avait pas quitter la ville. La sonnerie de la
pause de midi se fit entendre et je pu voir une multitude d'élèves
en uniforme quitter l'école. Celui que j'attendais ne tarda pas.
Ilian n'avait pas changé. Toujours aussi réservé qu'avant. Je le
vis prendre son portable et écrire un message. Puis, il partit,
regardant droit devant lui. Restant a une distance éloignée, je le
suivis. Il marcha pendant une demi-heure passant devant mon école
de médecine. Là, il s'arrêta, restant en retrait, comme s'il se
cachait. Il regarda chaque élève comme je l'avais fait à l'instant.
Puis, un quart d'heure plus tard, il repris sa route. Mais sourcils
se froncèrent. Que cherchait-il à faire ?
Je m'arrêtais en même temps que lui, et mon
cœur se mit à battre alors que nous nous trouvions chez moi.
Se pourrait-il qu'il est laissé tomber celui pour qui il m'avait
quitté? Peut-être pensait-il qu'il s'était trompé ? Je sentais mon
souffle s'accélérer, et un immense bonheur m'envahir. Une
merveilleuse sensation comprimait mon estomac, une joie telle que
je ne l'avais plus sentit depuis un moi. M'accrochant à ce maigre
espoir, je commençais à m'avancer vers lui. Mais alors que je
n'étais pas loin, son téléphone se mit à sonner. Surpris, je
m'arrêtais, restant derrière lui, à deux
pas.
– Oui ? Dit-il, en
soupirant.
– ...
– Non, j'ai fais un détour par la
librairie, le nouveau livre de mon auteur préféré est
sortit.
Mon cœur se brisa a l'instant même où il
prononça cette phrase. Alors il n'était pas venu pour moi. Mais
pour son stupide livre. J'étais vraiment pathétique. Il m'avait
largué, et je continuais à l'aimer...Je n'aurais jamais dû
commencer à sortir avec lui.
– J'arrive, je vais acheter mon mon
livre et je serais chez toi.
– ...
– Pourquoi ?
– ...
Je le vis alors se crisper, et mes sourcils se
froncèrent un peu plus. Mais mon cœur déjà fissuré tomba en
morceaux alors que je l'entendis a nouveau
parler.
– Tu me manques aussi. Je
t'aime.
Il raccrocha et recommença à marcher. Je ne le
suivis pas me contentant de le regarder. Oui. J'avais été vraiment
pathétique. J'aurais aimé le haïr. Le traiter de tous les noms.
Mais non. Je ne pouvais pas. Les larmes me montèrent aux yeux et
immédiatement j'eus l'impression d'étouffer. Mon cœur
saignant, je dû m'assoir sur un banc et prendre ma tête entre mes
mains. Je dû attendre un long moment avant de me calmer. Lorsque le
souffle me revint, je calais mon dos contre le dossier, et mes yeux
se posèrent sur la rue noire de monde. Mais alors que j'allais me
relever et me diriger vers le premier bar qui venait, une main se
posa sur mon épaule, et surpris je me retournais, croisant le
regard d'un homme que je n'avais pas vu depuis un
mois.
– Ewen...ça fait
longtemps...Soufflais-je, étonné.
– Je sais...Excuses moi, Ilian a
quelque problèmes alors on essaie d'y remédier, mais ça me prend du
temps. Répondit-il en haussant les épaules.
– Des problèmes
?
– Avec son nouveau petit ami, disons
qu'il est accro et ne voit rien de ce qui se passe autour de lui.
C'est ça l'amour !
J'avalais difficilement ma salive. Ewen se
rendait-il compte de ce qu'il me disait ? Un sourire faussement
joyeux étira mes lèvres, alors que je réfrénais une fois de plus
mes larmes.
– Comment ça va ? Tu sors avec
quelqu'un en ce moment ? Me demanda-t'il,
vivement.
– Oui, plus ou moins. Répondis-je en
haussant les épaules.
– Tu as dû le voir on a changé
d'école. Fit-il, s'asseyant prés de moi.
– Oui, j'ai vu.
– Ilian voulait se rapprocher de son
petit ami en faisant une école de commerce, mais ses parents ne
voulaient pas le laisser seul al...
Je me levais, énervé de ses propos. A
l'évidence, il ne comprenait pas le mal que ses dires me
procuraient.
– Désolé, on peut se revoir un autre
jour si tu veux, mais, j'ai quelque chose à faire. Dis-je, sans le
regarder.
– Ok...me répondit-il dans un sourire,
à plus tard alors.
Je ne répondis rien, rentrant à toute vitesse
dans mon appartement. Je sentais la colère pulser dans mes veines
tel un venin. Je me jetais alors immédiatement vers la première
bouteille de whisky que je vis, buvant à même la
bouteille.
– Tu ne crois pas qu'il est un peu tôt
pour boire ? Cracha mon frère sortant de sa
chambre.
– Occupes toi de tes affaires.
Rétorquais-je buvant une autre gorgé de la
bouteille.
Kain m'arracha alors la bouteille des mains, le
regard noir.
– Tu es mon frère, tu crois quoi, que
je vais te laisser tomber dans ça !
– Vas te faire foutre ! M'écriais-je,
le bousculant.
C'est alors que je sentis son poing attaquer ma
joue, me faisant tomber à même le sol. La lèvre en sang, je restais
sonné devant ce que venait de faire Kain. Ce dernier s'abaissa
immédiatement,revenant dans la réalité.
– Jaeden, excuse moi, tu me pousses à
bout ! je...
– Je me casse.
Sans un mot de plus, je me relevais, allant
directement dans ma chambre. Prenant un mouchoir, je l'appliquais
sur ma lèvre. Je pris la valise qui se trouvait sous mon lit et
pris tout mes vêtements à une vitesse incroyable. J'entendais Kain
me supplier de revenir sur ma décision, mais j'étais sourd. Le
mal-être me rongeait, je n'en pouvais plus, il fallait que tout ça
cesse. Que je m'éloigne. Ce que je n'avais pas prédit, c'était que
mon mal-être me conduirait à ma perte...
Je me réveillais le lendemain, le corps en
sueur. Cela faisait un moment que je n'avais pas révé de notre
séparation. Remuer les souvenirs enfouis dans cette boite était
beaucoup trop dangereux pour moi. Je le savais, pourtant je n'avais
pas pu m'empêcher. Avec difficulté, je me levais. La fatigue me
tombait dessus, et étouffant un bâillement, je rassemblais les
photos dans la petite boite, puis la rangeait. Passant une main sur
mon visage, j'allais prendre ma douche, comptant sur l'eau pour me
réveiller.
2O minutes plus tard, j'étais enfin prêt, et
attrapant un choco, je sortais de mon appartement. Aujourd'hui,
j'allais avoir un nouveau patient et cela m'enchantait. Peut-être
allais-je être cruel, mais il fallait que je change d'air
professionnellement. Je n'avais pas l'intention d'arrêter d'aider
Ilian, mais continuer dans cette direction ne nous mènerait nulle
part. Je ne cessais de penser à lui, à ce qu'il lui était arrivé.
Que pouvais-je faire pour l'aider ? J'étais totalement impuissant
face à sa détresse. Et cette impuissance
m'exaspérait.
Prenant la route, je conduis comme à mon
habitude beaucoup trop vite, la musique à fond. J'arrivais devant
les grilles de l'hôpital, une fine pluie commençait à tomber, me
mouillant légèrement. D'un pas rapide, je rentrais dans l'hôpital,
m'approchant de la standardiste. Elle me sourit, et raccrocha son
téléphone.
– Le
directeur souhaiterait vous parlez. Me dit-elle, me tendant le mot
qu'il avait laissé à mon attention.
– Bien,
il est dans son bureau ? Demandais-je, mettant le papier dans ma
veste.
– Non,
il allait discuter avec la chef des
infirmières.
J'acquiesçais, souriant, puis prenais
l'ascenseur. J'arrivais à l'étage des chambres, et mon regard se
posa immédiatement sur la porte d'Ilian. Je ne cessais de me
demander si Ilian avait lu ma lettre. Ce qu'il en avait pensé. Mon
cœur ne cessait de battre rapidement, et sans m'en rendre
compte, je m'approchais de cette porte qui m'étais interdite. Je
sombrais peu à peu dans le passé, comme si Ilian était la clé à ce
que je refermais en moi depuis cinq ans. Ma main effleura le bois,
et je me demandais ce qu'il faisait à l'instant même. Je voulais
lui parler. Tampis.
Mais à l'instant même où je posais ma main sur
la poignée dorée, la voix de Paul me parvint aux oreilles. Surpris,
je me retournais, mettant ma main dans ma poche, comme pris en
faute.
– Tu as
eu mon message ? Fit-il, dans un sourire.
– Oui,
j'allais venir te voir. Répondis-je lui rendant son
sourire.
Son regard se posa alors sur la porte et ses
sourcils se froncèrent.
– Je
voulais aller voir comment il allait...Apres sa
crise...m'expliquais-je, voulant éloigner tout
soupçon.
– Oui,
je vois, Tu n'as pas eu trop de mal à le calmer ? J'ai été surpris
qu'il t'appelle...
Je ne savais que répondre. Paul avait l'air
habitué à ce genre de crise. Je décidais alors d'en savoir un peu
plus.
– J'ai
été un peu surpris de le voir dans cet état...Avouais-je en
haussant les épaules.
– Comme tu as dû le lire dans son dossier
Jaeden, ce n’est vraiment pas les premières crises
qu’il est en train de faire. A son arrivé, il était
intenable. Il y avait des moments où il se calmait, mais dès
qu’un patient l’approchait de trop prêt ou qu’un
psychiatre ne lui convenait plus, il rentrait dans un état
effrayant. Puis, il y a environ un an, il a cessé. Il ne faisait
plus parler de lui, se contentant d’écrire et d’aller
assister régulièrement à ses séances avec son médecin et aux
quelques visites de sa famille. Nous avons pû diminuer
considérablement la dose de ses médicaments, et nous ne lui avons
donc pas fait ce que l’infirmière a dû faire pour le calmer
il y a quelques jours. Je suis contre ce genre de traitement
crois-moi, mais il ne nous laissait pas le choix. Comme tu as pû le
remarquer, Ilian est un patient très complexe… Bizarrement,
je m’inquiétais moins pour son état lorsqu’il faisait
ses crises que cette dernière
année.
Connaître cette facette d'Ilian m'effrayait un
peu. J'avais l'impression d'être présenté à un inconnu. Absent, les
mots sortirent de ma bouche sans que je ne m'en rende
compte.
– Qu’est ce qu’il s’est
produit pour qu’il arrête ses
crises ?
– Je ne sais pas répondit le directeur. Il a
cessé du jour au lendemain, comme si il avait lâché quelque chose
et finalement peut être baissé les bras trop vite. Ses différents
psychiatres ne sont jamais parvenus à trouver une explication.
Après ce jour en tout cas et jusqu’à ton arrivé ici, il
n’a plus rien laissé transparaître, s’enfermant dans
une sorte de mutisme qui en a découragé plus
d’un.
Je ne répondis rien, cherchant au plus profond
de moi une raison à cet arrêt. Un événement important avait dû se
produire, ces crises, d'ordre psychologiques, ne pouvaient cesser
du jour au lendemain, à part si un autre traumatisme encore plus
violent avait eu lieu.
– Quoi qu’il en soit, reprit-il, Je
t’avais prévenu, Ilian n’est vraiment pas un cas
facile, il a toujours eu de multiples facettes, et s’est
forgé une telle carapace qu’il est impossible de discerner le
vrai du faux chez lui. Et tant que je ne parviendrais pas à le
déterminer, nous ne saurons malheureusement jamais s’il a sa
place ici.
Sa place ici. Cette phrase sonnait faux
lorsqu'on connaissait Ilian. Bien sur que non il n'avait pas sa
place ici. Un soupire passa le barrage de mes lèvres alors que des
images d'Ewen maltraitant Ilian arrivait dans mon esprit. Mon
cœur déchiré, se fissura un peu plus.
– Au fait, ajouta précipitamment le directeur,
je devais te prévenir. Ton nouveau patient vient d’arriver.
Tu devrais aller à l’accueil.
J'acquiesçais et sans un mot de plus je passais
près de lui. Je sentis sa main apaisante sur mon épaule, et
faiblement je lui souriais avant de me remettre en marche. Je pris
une nouvelle fois l'ascenseur et descendis à l'accueil. Je pu voir
alors un homme d'une vingtaine d'année, assis sur un fauteuil. Il
était brun, les cheveux assez long. Sa peu était extrêmement pâle,
et le voir ainsi vouté me fit penser à un personnage de Death Note,
un manga que j'adorais. Il tirait les manches de son pull et jouait
avec, restant le regard fixé sur ses mains. Près de lui, se
trouvait un homme d'une quarantaine d'année. A son allure bien
stricte, je compris immédiatement que c'était le psychologue de
Cameron, celui qui avait recommandé son
internement.
– Docteur Sadler ? Demanda-t'il, en se
levant.
– Oui, répondis-je en lui tendant la
main.
– Voici Cameron, votre nouveau patient. Dit-il,
me tendant un dossier jaune. J'ai laissé mon numéro au cas où vous
voudriez me poser d'éventuelles
questions.
– D'accord, je vous remercie de l'avoir amené
vous même.
Je me tournais alors vers Cameron et m'accroupis
afin de tenter de capter le regard fuyant du
brun.
– Comment vas-tu Cameron ? Demandais-je,
souriant.
Il ne me répondit rien, mais me fit un sourire
en coin, avant de se replier un peu plus. Satisfait tout de même
par ce sourire, je me relevais.
– Vous pouvez partir si vous le désirez, je
vais m'occuper de lui. Fis-je,
professionnel.
Il acquiesça, et posa sa main sur l'épaule de
Cameron. Puis dans un faible sourire, il partit. Je le regardais un
moment passer les portes, puis reporta mon attention sur Cameron
qui jouait encore avec ses manches.
– Tu as déjeuné ? Demandais-je,
naturellement.
Il me fit non de la tête, encore une fois en
évitant mon regard.
– Alors que dirais-tu de manger un bon repas
tout en discutant ?
Il haussa les épaules et se leva, gardant la
tête toujours baissée. Sans un mot, nous prîmes l'ascenseur, et
allions jusqu'au réfectoire. Entrant, je lui tendis un plateau
qu'il prit, et se servit au self. Quelques minutes plus tard, nous
étions assis, mangeant en silence.
– Le trajet n'a pas été trop long ?
Demandais-je, entre deux bouchées.
– Non, Dit-il,
faiblement.
– Mais tu dois être quand même un peu fatigué
?
Il haussa les épaules et but une gorgée d'eau,
avant de recommencer à manger. S'il n'était pas bavard, il avait un
appétit d'ogre. Mon regard se posa alors sur Ilian qui sortait du
réfectoire, je ne l'avais pas vu entrer. M'avait-il vu lui ? Le
stress de ce matin revint au galop, ainsi que les questions qui se
bousculaient dans ma tête. Mais je ne souhaitais pas chercher de
réponses, en tout cas pas maintenant.
Une demi-heure plus tard, nous sortions du
réfectoire, et je lui faisais visiter l'hôpital. Une fois terminé,
je le fis entrer dans sa chambre, vide de tout vie. Il s'assit
immédiatement sur le lit, regardant autour de lui. Ses affaires
avaient été montées et étaient posées dans le coin d'une
pièce.
– Ce n'est pas le grand luxe, mais tu peux
toujours l'aménager comme tu en as envie. Dis-je en regardant
autour de moi.
Il me fit un sourire en coin avant de se lever
et d'ouvrir sa valise toujours sans un mot. Souriant à mon tour, je
m'adressais une nouvelle fois à lui.
– Si tu as besoin de quoi que ce soit, le
bureau des infirmières est au bout du couloir, et si jamais tu
souhaites parler, je reste dans mon bureau jusqu'à ce
soir.
Il ne dit rien, et je me retournais et refermais
la porte sur moi. Il avait l'air calme, bien qu'il parlait peu. Je
me doutais qu'un cas atteint de problème borderline parlait peu, et
j'espérais en connaître plus sur son sujet. Le seul moyen était son
dossier que j'avais laissé dans mon bureau. D'un pas rapide,
j'allais vers cette pièce qui m'était réservée, et m'installais
dans mon fauteuil. Le dossier de Cameron en mains, je passais ma
journée entière à lire, et en quelque sorte, à mieux le
connaître.
**
Lorsque le soir vint, c'est un long bâillement
qui m'avertit que je tombais de sommeil. Mon regard se posa sur
l'horloge. Il était tard, et encore une fois, j'avais passé toute
ma journée a étudier un cas. Frottant mes yeux fatigués, je me
levais et enfilait ma veste, attrapant au passage ma sacoche. Un
énième bâillement, je sortais de mon bureau, pour retrouver ma vie
de célibataire que je détestait tant. Je pris l'ascenseur, mais au
moment de choisir mon étage, j'hésitais. Je mourrais d'envie
d'aller voir Ilian, espérant au plus profond de moi qu'il avait lu
la lettre que je lui avais écrite. Mais que se passerait-il ?
Verrions nous les choses s'arranger entre nous ? J'avais écrit
cette lettre sans penser à l'avenir, à ce qui se passerait après.
Mais je n'en avais aucune idée. J'aurais pu appuyer sur l'étage des
chambres, mais je ne le fis pas, préférant repousser le moment
fatidique où le destin nous ferais nous rencontrer de
nouveau.
Je pris la direction de ma voiture, passant par
le parc éclairé par des petites lampes lumineuses disposées dans le
sol. Ce paysage paisible me calmait, et éloignait tout mes doutes.
Mais le froid, me fit rentrer rapidement. Encore une soirée que je
passerais seul...
**
Le lendemain, je passais la journée à m'informer
un peu plus sur le problème de Cameron. J'attendais avec angoisse
le moment où Ilian rentrerait dans ce bureau. Voulant penser à
autre chose, je passais de pages en pages lisant et notant quelque
exemples de cas.
L'heure tourna assez vite, et avec un pincement
au cœur, je réalisais qu'Ilian était en retard, et ça
m'étonnerais qu'il viendrait. Pourtant je décrochais le combiné et
appelais l'infirmerie pour savoir où se trouvait Ilian. Elles
m'informèrent alors qu'il était encore dans sa chambre et qu'elles
allaient le chercher. L'angoisse et le stress montèrent aussitôt à
l'idée que dans quelques minutes, Ilian se tiendrait devant moi.
Passant une main sur mon visage, je respirais calmement, essayant
de contrôler ce pic de stress.
La porte s'ouvrit quelques minutes plus tard,
libérant Ilian un regard noir et un visage fermé. Je ne su pas
pourquoi, mais mon cœur se serra immédiatement. S'il avait lû
ma lettre, cela lui avait fait ni chaud ni froid. Il voulait passer
à autre chose sans moi, mais je n'étais pas prêt à le laisser
partir. Pas maintenant que je savais toute la
vérité.
– Tu vas bien ? Demandais-je tellement vite que
cela me surpris moi-même.
Il ne me répondit pas, l'Ilian d'il y a un mois
semblait avoir refait surface. Un soupire s'échappa de mes lèvres.
Je cherchais par quel moyen je pourrais l'approcher sans attirer
ses foudres, et la seule façon qui me vint à l'esprit fut de lui
dire la vérité.
– Je sais que je t’ai fait
souffrir… Des centaines de fois surement, mais
aujourd’hui j’aimerais t’aider. Je sais
qu’on ne peut pas tout rependre à zéro. Tu ne peux pas
oublier ce qu’il t’a fait, et je crois que moi non
plus.
Ces mots étaient durs à prononcer, mais
j'imaginais la souffrance qu'Ilian éprouvait à les
entendre.
– Mais je peux t’aider à aller de
l’avant. Il faut juste que tu me parles… Que tu te
confie à moi…
Je posais alors mon regard sur lui, essayant de
capter ses océans, mais je ne rencontrais qu'un
mur.
– Tu sais, tentais-je à nouveau, le directeur
trouve que tu vas un peu mieux, et j’aimerais pouvoir
l’affirmer… Je… Je n’arrive plus à lire
en toi comme avant, je ne sais pas si tu vas bien ou mal, je ne
sais pas ce que tu veux… J’aimerais que tu me le
dises… Et je sais qu’il te faudra du
temps…
Il ne dit rien, se contentant de garder la tête
basse. Mais je savais qu'il m'écoutait.
– Ilian, repris-je,
Je...
Je baissais alors la tête trop prit par les
émotions. La gorge nouée, il me fallut un moment avant de pouvoir
relever la tête et parler normalement. Mais alors que je me
relevais, je pu voir la tête d'Ilian tourner dans une autre
direction. Un sourire en coin étira mes lèvres. Il pouvait très
bien faire le sourd, mais ce que je disais le touchait malgré
lui.
– Tu sais, le directeur m’a confié un
nouveau patient, car il trouvait que j’étais trop proche de
toi. Je pense qu’il a raison, mais je m’en fiche, car
s’il faut que je sois à nouveau proche de toi pour que tu
aille mieux, alors je le serais.
C'était une promesse. Quoi qu'il fasse, quoi
qu'il me dise, je ne baisserais pas les bras. Je l'avais fait
quatre ans plus tôt et il était hors de question de commettre la
même erreur deux fois. C'est alors qu'il releva la tête pour ancrer
son regard sans vie dans le mien. Un regard aussi froid que de la
glace. Un regard inexpressif. Ilian avait perdu l'espoir et mon
cœur se brisa. J'ignorais combien de temps nous restâmes
ainsi, nos regards entrelaçais, mais il y coupa court après un
temps. Il se leva sans un mot et sortit en trombe de mon
bureau.
Cet entretien m'avait bouleversé, beaucoup plus
que je ne l'avais imaginé. J'aurais aimé qu'il me parle, qu'il me
traite de tout les noms s'il le voulait Qu'il me dise que ma lettre
était un mensonge...N'importe quoi. Mais il avait choisit
l'indifférence, ce qui était la pire arme qu'il aurait pu utiliser.
Je préférais qu'il me haïsse plutôt qu'il reste sans réaction car
au moins il pensait encore à moi. Dans un soupire, je posais ma
tête entre mes mains, mais je n'eus pas le temps de me reposer que
j'entendis quelques coups discrets frappés à ma
porte.
Surpris, je relevais la tête, fronçant
légèrement les sourcils.
– Entrez. Dis-je, me
redressant.
J'eus alors la surprise de voir entrer Cameron
dans mon bureau. Replié sur lui même, les mains dans les manches.
Son regard fuyant se posa alors sur moi, et sans un bruit il
referma la porte, puis s'installa sur le
fauteuil.
– Tu vas bien Cameron ? Demandais-je, les
sourcils froncés.
Je ne me rappelais pas que nous avions
rendez-vous aujourd'hui. Mais lorsqu'il posa la photo d'une jeune
femme sur la table, mon sang se glaça. Délicatement, je la pris en
main et examina l'image. La jeune femme avait de longs cheveux
roux, parfaitement assortis à ses yeux émeraudes. Des tâches de
rousseurs sur son nez et ses joues, elle avait un air enfantin qui
faisait tout son charme. Je savais très bien qui était cette
personne, mais si Cameron me montrait la photo, c'était qu'il
souhaitait en parler.
– Qui est cette femme Cameron ? Demandais-je,
reposant la photo sur la table
– Zoé.
Sa voix était faible, comme un murmure. La tête
baissée, il reprit la photo entre ses doigts, caressant le visage
angélique de la jeune femme.
– Elle est très belle, c'est ta petite amie
?
Il remua la tête, m'indiquant que j'avais
raison.
– Depuis combien de temps êtes vous ensemble ?
Dis-je, calme.
Je prenais garde à parler au présent, voulant
l'amener lui-même à la conclusion que Zoé était
décédée.
– 2 ans. Mais elle est
partit.
– Partit où ?
– Je sais pas, avec un autre homme
surement.
Je reconnu immédiatement un signe du trouble
borderline, voyant là le symptôme de dévalorisation et de manque de
confiance en soi. Il refusait d'admettre qu'elle était décédée, et
qu'il l'avait tué.
– Tu es sûr Cameron ?
Demandais-je
Il haussa alors les épaules et rangea la photo
dans sa poche. Puis, contre toute attente, il se leva et sortit de
mon bureau. Surpris, je le regardais fermer la porte. Un rire
nerveux franchit le barrage de mes lèvres. Cette attitude était
tout à fait normale, mais j'étais pour l'instant peu
habitué.
Je passais le reste de mon après-midi à appeler
les différents instituts que Cameron avait visité, souhaitant en
apprendre un peu plus. Je pris un sandwich tout simple à l'heure du
diner, et retournais travailler une heure de plus avant que la
fatigue ne me gagne une nouvelle fois.
Lorsque, comme l'autre soir, j'arrivais devant
l'ascenseur, j'hésitais une nouvelle fois. L'étage des cha