« Ses
mots...Un vide immense s'est propagé en moi. Un vide immense qui me
faisait mal. Il m'avait détruit. Je l'avais détruit. Le peu d'envie
qui subsistait en moi a été rayé d'un coup lorsque j'ai lu ces
derniers mots. Je n'avais plus envie de rien, même l'écriture ne
signifiait rien. Je me considérais comme un bon a rien. Je venais
de rejeter l'homme que j'aimais tout simplement parce que j'avais
peur. Qui étais-je ? Comment pouvais-je ainsi jouer avec la vie
d'autrui ? Je ne valais plus rien...Pourtant même si c'est toi qui
m'a poussé vers ce gouffre...Cette nuit là Matthiew...Tu m'as
sauvé... »
Le sang avait
arrêté de saigner sur le visage de Nitrin, laissant d'énormes
tâches coagulées recouvrant des bleus virant au mauve. Assis à même
le sol, ses yeux se perdaient dans le vide. Les mots de Matthiew
lui revenaient en tête, inlassablement. Il avait raison. Il venait
de blesser l'homme qu'il aimait, et ça par simple jalousie. Pour
qui ? Peut-être parce que Kilian était aimé de Matthiew. Tout ce
que lui avait toujours voulu, Kilian l'avait eu en un regard.
Peut-être parce que Kilian nourrissait un amour réciproque. Il
aimait Kilian. Il avait aimé Matthiew. Kilian aimait Matthiew.
Matthiew aimait Kilian. Des larmes silencieuses coulaient le long
de ses joues. Était-il condamné à ne jamais être aimé par celui qui
faisait battre son cœur ?
Un poids lourd
vient s'abattre sur lui. Un parfum dont il avait pratiquement
oublié l'odeur se répandit dans l'air. De longs cheveux noirs et
bouclées firent leur apparition alors qu'il sentit des larmes
chaudes venir parsemer son coup.
-
Elsa...Souffla-t-il, fermant les yeux.
- Je ne te laisserais plus. Qu'importe ce que tu as fait, je ne te
laisserais plus. Dit-elle, éclatant un sanglots.
Nitrin baissa la
tête et prit sa sœur dans ses bras. Il avait besoin de sa
tendresse. Était-ce elle qui allait lui faire entrouvrir le jour,
le séparer de ce brouillard qui l'entourait depuis si longtemps
?
- Ne me laisse
pas...Murmura-t-il, ne retenant plus ses larmes.
Leur étreinte se
ressaissit, laissant les larmes pour seule parole. Une
réconciliation. Un début. Doucement Elsa se releva, serrant la main
de Nitrin dans la sienne.
- Suis-moi
Jaylan...Je veux te montrer quelque chose. Dit-elle, lui lançant un
sourire triste.
Nitrin se leva et
regarda sa sœur. Elle avait tellement changé. Il voyait
devant elle une femme. Peut-être un peu extravagante avec tout ce
rose sur elle, mais une jolie femme. Elle se retourna, le forçant à
la suivre. Ils sortirent du hangard main dans la main. Le vent
glacial flottait dans l'air, s'écrasant sur le visage des jumeaux
et rentrèrent dans la voiture de la jeune fille.
- Où est-ce qu'on
va ? Demanda-t-il, perdu.
- Je veux te montrer quelques chose dont tu refusais l'idée.
Répondit-elle, évasive.
- Quoi ?
- Ils t'ont toujours aimé. Quoi que tu puisses dire, ils t'ont
toujours aimé. Nous fêtons ton anniversaire, même si tu n'es pas
là. Maman ne cesse de pleurer et papa...Papa ne parle pratiquement
plus.
Ils continuèrent
la route sans un mot, Nitrin sentant la peur grandir en lui. Deux
ans qu'il n'avait pas remis les pieds chez lui. Après une dizaine
de minutes, Elsa se gara devant une petite demeure. Les briques
rouges sales donnaient un air sale à l'endroit. Les fenêtres
laissaient entrapercevoir de la lumières, et parfois quelques
éclats bleus, signe que la télé était allumée. Elsa sortit, puis
fit le tour de la voiture, afin de prendre la main de son frère.
Lentement, ils montèrent les marches du perron, pour enfin ouvrir
la grande porte noir. L'entrée laissait apercevoir des murs clairs,
munis d'une tapisserie dans les tons jaune clair. On pouvait
entendre la télévision, diffusant un film de western. Dans l'air,
une bonne odeur de pâtisserie flottait.
- C'est toi Elsa
?!?
La voix sortit
tout droit de la cuisine, en face de la porte d'entrée. Face à
cette voix si familière, Nitrin, se colla à la porte,
pétrifié.
- Oui, c'est moi
maman...Fit Elsa, se rapprochant de son frère.
Une jeune femme
d'une quarantaine d'années sortit de la cuisine. Ses cheveux courts
était noir de jais, se mariant avec ses yeux émeraudes. Elle
portait un tablier rouge sur sa robe de chambre blanche. Dans ses
mains se trouvait un plat rempli de popcorn.
- Tu rentres tôt
! J'ai fait du popcorn tu viens regarder le film avec
nous...Oh...Tu as amené un ami ?
Elsa regarda son
frère en souriant, puis se retourna, faisant face à sa mère, et
dévoilant par la même occasion Nitrin.
- Non...J'ai
ramené Jaylan maman...Dit-elle, sérieuse.
La mère laissa
échapper son plat, qui se déversa au sol. Elle posa une main sur
son cœur et ses yeux se remplirent de
larmes.
- Oh mon
dieu...Dit-elle, la voix basse.
Nitrin regardait
cette femme, ses yeux exprimant toute sa tristesse. Il avait mal.
Qu'allait-il lui dire, mais surtout que pensait-elle ? Il ne
supporterait pas une autre dispute...Il serra un peu plus fort la
main de sa sœur lorsqu'il vit sa mère s'avancer vers lui. Une
fois en face de son fils, elle leva sa main. Nitrin ferma
immédiatement les yeux, pensant qu'elle allait le frapper...Mais
bien au contraire, la main se posa sur sa joue, caressant doucement
celle-ci.
- Qui t'as fait
ça mon ange...Souffla la mère, la voix prise de
sanglots.
Nitrin sentit ses
jambes lâcher, et il tomba à genoux sur le sol. Ç'en était trop. Sa
tête se baissa, et il ne put réprimer un sanglot. Ses épaules
remuaient brusquement, signe qu'il pleurait à chaudes larmes. Mais
bien vite, deux bras vinrent encerclés le jeune homme, et Nitrin se
sentit désemparé, face à l'étreinte possessive de sa
mère.
- Elsa, vas
chercher la trousse de pharmacie, et ramènes ton père
ici...
***
Kilian regardait
le soleil embellir l'espace blanc de sa chambre. Les oiseaux
volaient dans le ciel. Libres. Cette liberté que Kilian n'avait
plus. Encore une semaine se répétait-il, inlassablement. Il
étouffait. Il revoyait le visage triste de Matthiew, qui n'était
plus venu le voir depuis la dernière fois. Peut-être avait-il été
trop dur avec lui...Pourtant il n'avait fait que dire ce qu'il
ressentait. Exprimer ce mal-être qui grandissait en lui. Il ne
savait pas pourquoi, mais plus les jours passaient, plus il se
sentait vide.
- Je te dérange
pas ?
Kilian retourna
vivement la tête vers la personne qui venait de lui parler, et un
large sourire se dessina sur ses lèvres, lorsqu'il croisa le regard
rieur de Joey. Il passait tous les jours et restait discuter avec
lui, de tout et de rien, oubliant la rancœur du passé. Une
vraie bouffée d'air frais pour Kilian qui attendait avec impatience
ses visites. Mais les sourcils de Kilian se froncèrent lorsqu'il
remarqua l'effort vestimentaire qu'avait fait Joey. Il portait un
pantalon en lin, beige, avec un polo marron, sous lequel se
trouvait une chemise beige.
- Je rêve ou tu
t'es fait beau rien que pour moi ? Fit Kilian, un sourire amusé aux
lèvres,
Joey ne répondit
rien, mais lui rendit son sourire. Il se tourna et referma la
porte, mais se contenta de se moment pour soupirer, comme pour se
donner du courage. Puis, rapidement, il s'assit sur le bord du
livre et tendit un livre à Kilian.
- Tiens, je me
suis dit que tu t'ennuyais, c'est le nouveau Mary Higgins Clark, tu
m'avais dit que tu aimais cette auteur quand nous étions toujours
ensemble. Dit Joey, cherchant Kilian du regard.
Mais les yeux de
Kilian était hypnotisé par ce livre. Cet objet qu'il n'avait plus
touché depuis un long moment. Obnubilé, il n'avait pas entendu la
fin de la phrase, qui pourtant était un rappel au passé. Souriant,
Joey lui tendit le bouquin, et Kilian passa ses doigts sur la
couverture. Avec empressement, il l'ouvrit, et commença à le lire,
sous le regard surpris de l'invité.
- Euh Kilian...Tu
voudrais pas attendre un peu...Fit Joey, se passant sa main
derrière sa nuque.
Le châtain sembla
tout à coup retomber sur terre, et regarda Joey, le rouge aux
joues.
- Désolé...ça
fait tellement longtemps que je n'ai pas lu...Merci...Dit-il,
penaud.
- De rien...Si je suis venu...Enfin...Il y a quelque chose entre
toi et Matthiew ? Demanda-t-il gêné.
Kilian regarda
Joey surpris, puis ses yeux se posèrent sur la fenêtre. Un voile de
tristesse venait gâcher la beauté de ses
émeraudes.
- Ça fait deux
semaines que tu viens ici tous les jours après les cours, je me
demandais quand tu allais me le demander. Fit Kilian, l'air
absent.
Joey ne répondit
rien et se contenta de regarder le jeune homme. Ses yeux passaient
sur ses mèches rebelles qui venaient gêner ce visage pâle. Il ne
pouvait s'empêcher de désirer ce garçon même s'il se trouvait dans
un lit d'hôpital.
- Il n'y a rien
entre nous. Reprit Kilian, ramenant ses genoux à sa poitrine et
posant son menton dessus.
- Mais...Commença Joey
- Rien Joey. Répliqua Kilian, froid.
Il mentait. Joey
le savait. Mais il s'en fichait. Doucement, il se rapprocha de
Kilian, et passa sa main sur la joue du châtain.
- Je me
disais...Enfin...J'aimerais qu'on reprenne...Tout les deux. Fit
Joey, regardant presque amoureusement Kilian.
Kilian se recula,
chassant la main de son visage. Ses yeux exprimant toute
l'incompréhension qu'il y avait en lui.
- Arrêtes, pas
après ce que j'ai fait. Répondit Kilian, fronçant les
sourcils.
- Je peux te pardonner...Souffla Joey, essayant de se
rapprocher
La peur refit
surface...Cette même peur qui l'avait prise d'assaut lorsque
Matthiew l'avait embrassé...Il se sentait de plus en plus
mal...
- Mais moi je ne
peux pas me pardonner...Vas-t'en ! Fit-il, l'air grave.
- Kilian ? Demanda Joey, surpris.
- S'il te plait...Sors.
Étonné et voyant
le visage effrayé de Kilian, Joey se leva et sortit de la pièce.
Même si Kilian venait de refuser de ressortir avec lui, sa réaction
l'inquiétait encore plus. Tellement dans ses pensées, il n'entendit
pas immédiatement la voix de Lydia.
- Joey
?
Joey regarda
Lydia, puis remarqua la mère de Kilian à ses côtés. Elle avait un
visage fatigué, mais affichant toujours ce même sourire. Près
d'elle se trouvait une femme dont il reconnut immédiatement
l'apparence. Son chignon tiré était sans appel.
- Monsieur
MacGanister, n'êtes vous pas censé être en cours d'histoire
?
La voix froide de
la professeur de français glaçait le sang du jeune basketteur, et
d'un sourire triste, il s'assit sur le banc, tout de suite suivi
par Lydia. Les deux femmes rentrèrent dans la chambre, laissant les
deux jeunes seuls.
- Quelque chose
ne va pas ? Demanda Lydia, inquiète.
- Je...Kilian...il ne veut plus de moi...Souffla Joey,
abattu.
Il entendit Lydia
souffler bruyamment, apparemment énervée.
- Qu'est-ce que
vous avez tous à vouloir essayer de retourner avec lui, vous ne
pouvez pas attendre et le laisser tranquille ?!? Demanda-t-elle,
hors d'elle.
- Quoi ? Non..Je...Bredouilla Joey, penaud.
- Il ne t'ait pas venu à l'idée que Kilian était peut-être
traumatisé ? Il refuse tout contact trop rapprocher ! Alors
retourner dans une histoire avec toi tu penses qu'il en est capable
pour le moment ?!?
- Je...Je n'y avais pas pensé...Fit Joey, perdu.
En voyant le
regard désespéré de Joey, Lydia, se radoucit aussitôt, et s'assit
près de lui.
- Le médecin dit
qu'il fait une sorte de dépression. Il rejette tout le monde même
moi. Il faut attendre, ça va se résoudre seul. Alors laisses-lui le
temps. Dit-elle calme.
Sur ces dernières
paroles, elle laissa Joey et rentra dans la pièce, mais une tout
autre ambiance y régnait.
- Et moi je vous
dis que je ne veux plus y aller ! Cria Kilian, visiblement en
colère.
- Voyons Kilian...C'est une chance pour toi. Tenta Jocia,
désemparée.
- Kilian, il faut juste que vous écriviez un essai...Aller à New
York est une chance pour vous ! Répéta la professeur,
étonnée.
Soudain, Lydia se
sentit poussé de l'avant par la porte de la chambre qui s'ouvrit
dans son dos. Sous la surprise, elle s'avança de quelques pas, pour
se retourner vivement. Un sourire apparu, mais fut vite remplacé
par un froncement de sourcils lorsqu'elle rencontra le regard
triste d'Elsa. Celle-ci s'avança vers Kilian, qui la regardait, le
visage indéchiffrable.
- Je pense que je
suis la dernière personne que tu voudrais voir. Il est
impardonnable. Pourtant j'aimerais que tu lises ceci. Dit-elle, un
sourire triste sur les lèvres.
Elle lui tendit
un enveloppe de couleur beige, légèrement froissé. Surpris, Kilian,
regarda l'enveloppe sans un mot, mais lorsqu'il sentit Elsa partir,
il essaya de la retenir.
- Elsa ! Je...Je
veux le voir ! Cria-t-il, triste.
- Lis sa lettre Kilian...C'est tout ce que je peux faire...Souffla
Elsa, la main sur la poignée.
- Dis lui que je suis désolé....
La voix de Kilian
s'était brisée en un sanglot sur la fin de sa phrase. Elsa le
regarda tout d'abord surprise, puis acquiesça, afin de
repartir...Il fallait qu'elle s'occupe de son
frère.
Les trois femmes,
bien qu'étonnée par cet échange, ne firent rien, se contentant de
regarder Kilian déchirer violemment l'enveloppe afin d'y sortir une
lettre.
« Kilian,
J'aurais aimé
venir te voir, mais vu la situation, je suis sûr que tu as des
gardes du corps qui trainent dans le couloir nuit et jour...Je t'ai
fait quelque chose d'impardonnable, et je crois que mes excuses
n'effaceront rien à mes actes. Ma folie a dicté ma conduite et je
le regrette amèrement, car j'ai détruit la personne que j'aimais
plus que tout. Oui...Je t'aime. J'aurais aimé te le dire autrement
que de cette façon, ce soir là, mais le fait que tu sortes avec
Matthiew a réveillé en moi de la jalousie. Il y a quelque chose que
ne t'ai jamais révélé car je savais que si je te le disais, tu ne
resterais pas avec moi... J'ai aimé Matthiew. Profondément. Mais
mes sentiments n'étaient pas réciproques. Je le savais, pourtant
j'ai foncé tête baissée. Mais Matthiew ne m'a jamais aimé, et ne
m'aimeras jamais. Il ne m'a jamais traité comme je te l'ai raconté,
au contraire. Quand il a appris mes sentiments, il a essayé de
clarifier la situation, mais je n'ai rien voulu entendre. Je suis
tombé bien bas pour mon amour pour lui. Plus je me droguais, plus
j'oubliais cette amour. Une haine a pris naissance. Je le haïssait
plus que tout. Puis tu es apparu. Je t'ai aimé dès le premier
regard, car tu me ressemblais. Tout aussi perdu...Tout aussi
détruit par Matthiew. Je ne voulais pas que tu partes, alors je
t'ai poussé un peu plus dans ma débauche. Mais une chose te
différenciait de moi. Il t'aimait. Tu avais atteint son cœur,
même s'il ne le reconnaissait pas, et je l'avais bien remarqué,
mais je me suis gardé de te le dire. Quand tu as voulu décroché, je
t'ai rejeté. Je n'étais qu'un ami pour toi et ça me faisait mal. Je
ne voulais pas que tu décroches car je savais que tu retournerais
irrémédiablement vers lui. Alors j'ai décidé de te sortir de ma
vie, en faisant tout comme avec Matthiew, en te détestant.
Pourtant, lorsque je t'ai vu devant ce cinéma... Ma jalousie a pris
le pas sur moi, et j'ai disjoncté. Je donnerais ma vie pour pouvoir
retourner dans le passé, et effacer ce moment. Pardonnes-moi
Kilian. J'ai décidé de partir. De m'éloigner de cette ville. J'ai
décidé de décrocher. Si tu veux porter plainte, je plaiderais
coupable. Tout ce qui m'importe, c'est ton pardon, car je
t'aime.
Aime-le...Pour toi...Pour moi...Pour
nous
Jaylan »
Les mains
fébriles, Kilian laissa tomber la lettre au sol. Ses yeux vitreux
vinrent se remplir de larmes. Il avait mal. Il n'avait été guidé
que par le mensonge. Pourtant il n'en voulait pas à
Nitrin...Non...Il s'en voulait. Il l'avait détruit, un peu plus. Il
avait continué la tâche involontaire de Matthiew. Il se sentait
mal...Vide...
-
Lydia...Donnes-moi moi mon journal...Souffla-t-il, dans un
murmure.
- Kilian..Qu'est-ce qui se passe ? Demanda Lydia, inquiète.
- Donnes-le moi ! Fit Kilian, cette fois plus
fort.
Rapidement, Lydia
sortit de son sac un vieux cahier, ainsi qu'un crayon, qu'elle
tendit au jeune homme. Celui-ci s'empressa de le prendre, et
l'ouvrit. Sans attendre, il commença à écrire, laissant les femmes
le regarder pleurer silencieusement.
Les mots fusaient
dans sa tête, et ses doigts suivaient le mouvement. Quelques
gouttes tombaient sur le cahier, venant se mélanger à l'encre, tout
fraîche. Mais Kilian s'en fichait. Il extériorisait sa peine, ce
mal-être. Il couchait ses pensées, et sa peine. Il souffrait, et
seule l'écriture le délivrait. Mais c'était la dernière fois. Dans
un dernier effort, Kilian écrivit ses derniers mots « Je me
hais » avant de refermer brusquement le cahier. Il posa alors
la paume de sa main sur la couverture, qu'il avait lui même décoré.
Ce journal qu'il tenait depuis le décès de ses parents. Le recueil
de ses sentiments. Il se refermait un peu plus... D'un geste lent,
et sans un regard pour la rousse, il lui tendis le
journal.
- Brûles-le.
Ordonna-t-il, faiblement.
- Non Kilian C'est... Commença-t-elle désespérée.
Prends-le ! Brûles-le ! Et sortez d'ici ! Laissez-moi
seul.
Sa voix était
froide, et pour la première fois de sa vie, Lydia eut peur. Sans un
mot elle sortit, suivie des deux femmes qui était tout aussi
perdues qu'elle. La rousse serrait le journal de son meilleur ami
fort contre son cœur. Il faisait le mauvais choix, elle le
savait. Durant toutes ses années, ces bouts de papier avait été sa
délivrance, et voilà que maintenant...Un idée lui vint alors à
l'esprit. Peut-être n'étais-ce pas la meilleur, mais c'était la
seule qu'elle avait en tête...L'éloignement.
- Il vous faut
juste un essai pour qu'il participe au concours. Demanda-t-elle, à
la femme au chignon.
- Oui mais...Fit La professeur, grimaçant.
Lydia lui tendit
alors le journal de Kilian, le regard déterminé.
- Dedans se
trouve toutes les pensées de Kilian, tous les passages les plus
difficiles, y compris les plus récents. Je sais qu'il n'est pas
d'accord, mais je ne vois plus que cette solution. Dit-elle,
sérieuse.
***
La musique
battait son plein, entrainant des jeunes presque ivres morts sur la
piste de danse. D'autres était affalés sur les canapés, un verre à
la main, draguant, discutant. Cela faisait deux semaines que Kilian
était sortit de l'hôpital, complètement remis de sa blessures. Mais
même si le physique allait mieux, le moral était au plus bas. Il
s'enfermait dans sa chambre à peine rentré des cours. Le vide
grandissait en lui, et il ne se rappelait même plus pourquoi on
disait la vie si belle. C'est avec force que Lydia avait réussi à
le convaincre de venir à cette soirée. Pourtant, même si elle était
réussie, il se retrouvait dans un coin sombre, regardant les gens
autour de lui. Il voulait être seul. A cet instant, il ne pensait
qu'a une chose...Fumer. Il sortit précipitamment du salon,
rencontrant l'air frais que lui donnait l'ai marin. Ses yeux se
posèrent sur ce sentier. Cette crique abandonnée. Sans vraiment
réfléchir, ses pas le menèrent vers cet endroit merveilleux, mais
pourtant si triste.
La lune se
reflétait dans la mer, laissant la crique dans une pénombre tout de
même assez éclairée. Les vagues s'écrasaient sur les rochers
apportant un son mélodieux. Kilian s'avança, et retira ses
chaussures, enfonçant ses pieds dans la sable frais. Lentement, il
s'assit et amena ses jambes à sa poitrine. Il regarda l'océan
bouger devant lui, l'apaisant quelque peu.
Quelques minutes
plus tard, il sentit une présence derrière lui. Il n'avait pas
besoin de se retourner, son parfum flottait dans l'air. Mais il ne
dit rien. Ses yeux se fermèrent, le sentant bouger et venir
s'asseoir près de lui. Il avait laissé une distance entre eux,
rassurant Kilian. Ils restèrent assis sans un mot, regardant
l'horizon. Mais bien vite, Kilian prit la parole.
- Je suis désolé
Matthiew. Dit-il. Les yeux rivés droit devant lui.
- Pourquoi ? Demanda le brun surpris.
- Pour t'avoir détesté, insulté, et repoussé.
- Nitrin t'a tout raconté...Souffla Matthiew, souriant en
coin.
- Non...C'est Jaylan. Répondit Kilian, regardant Matthiew,
sérieux.
Matthiew
acquiesça puis reposa ses yeux sur l'océan.
- Pourquoi
n'es-tu pas à l'intérieur ? Demanda-Matthiew
- Je pourrais te poser la même question. Répliqua Kilian le visage
indéchiffrable.
- Je m'ennuyais. Répondit Matthiew en haussant les
épaules.
Un nouveau
silence apparu. Le bruit lointain de la musique venait aux oreilles
des deux jeunes, mais ils ne s'en préoccupèrent
guère.
- Où es-tu Kilian
? Fit Matthiew, le regardant sérieusement.
- Quoi ? Demanda Kilian, surpris pas cette question.
- Où es-tu...Pourquoi n'es-tu plus le même...
A ces mots, les
yeux de Kilian se remplirent de larmes, mais il ne les laissa pas
couler. Son regard rivé sur l'océan, il répondit difficilement à
Matthiew.
- C'est une
coquille vide. Je suis une coquille vide...Alors je pense que je
suis mort. Répondit Kilian, dans un souffle.
Il entendit
Matthiew soupirer fortement, mais ne le regarda
pas.
- Laisses-moi
t'approcher. Fit Matthiew, sérieux.
Voyant la
non-réponse de Kilian, Matthiew s'approcha. La peur du châtain
monta d'un cran, mais il ne dit rien, fermant les yeux.
Soudainement, il se sentit pousser, le dos vers le sable, un poids
inconnu sur lui. Sans réfléchir, il se mit à se débattre, sentant
cette peur prendre le contrôle de son être, mais ses mains furent
bien vite bloquées par celles de Matthiew.
- Matthiew s'il
te plait...Supplia-t-il, la voit tremblante.
- Tu te crois mort ?...Laisses-moi te faire revivre Kilian.
Répondit-il, le regard triste
Kilian, le regard
pétrifié, sentit ses larmes couler sur ses joues. Cependant, il
rencontra le regard mouillé de Matthiew. Ce regard si doux, et si
triste. Un mélange d'amour et de mélancolie. Il ne sut pourquoi
mais sa crainte se dissipa et lorsque deux lèvres chaudes
rentrèrent en contact avec les siennes, son cœur battit à
tout rompre...
« Pourtant même si c'est toi qui m'a poussé
vers ce gouffre...Cette nuit là Matthiew...Tu m'as
sauvé... »
°0° hihi, le petit Nitrin
fait sa sortie en beautée ^^ Encore une fois, j'espere que cette
suite vous as plus !!! Gros bisouuuuuus
°0°