Lorsqu'on avait 17 ans, tout était plus simple. Je me posais moins de questions du moins. L'aurais-je cru si on m'avait dit que j'allais mettre au monde la fille de Julian ? Certainement pas. Aurais-je cru qu'il me briserait le cœur ? Bien sur que oui. Mais en t'embrassant pour la première fois, je me suis mise à espérer. Espérer que tu changerais... Pour moi...
Assise dans son salon, Ayla jouait avec sa fille sur le canapé. Son estomac se tordait au fur et à mesure que les minutes défilaient. Julian devait venir passer un peu de temps avec Coralyn et elle angoissait.
Lorsque la sonnerie de la porte d'entrée se fit entendre, elle du souffler un bon coup avant de réussir à se lever pour lui faire face. Elle prit Coralyn dans ses bras pour se donner un peu de courage et elle alla ouvrir la porte. Mais se figea à la seconde en croisant ses océans.
Il est beau...
La main sur la poignée, sa fille dans ses bras, elle ne pouvait dévier son regard de celui de son ancien amant. Vêtu d'un jean clair, d'un tee-shirt beige et d'une veste en cuir noir, Julian était magnifique. Ses cheveux fraîchement coupés lui donnaient un air rebelle à tomber. Même si c'était la réplique exacte de Gaël, Ayla ne pouvait s'empêcher d'être attirée par lui. Une envie puissante et dévastatrice qui faisait battre son cœur beaucoup trop vite.
- Alors voici ma fille, souffla Julian dans un sourire charmeur.
C'est à cet instant qu'Ayla sortit de sa léthargie, de légères rougeurs sur les joues.
- Entres, dit-elle en se décalant.
Julian entra et son regard fit le tour de la pièce.
- Tu l'as vraiment bien rénovée, fit-il dans un nouveau sourire.
- Je l'ai acheté quand j'ai su que j'étais enceinte, Gaël et Seth m'ont donné un coup de main, répondit-elle en refermant la porte.
- Qui aurait cru que Seth serait toujours dans nos vies maintenant...
Elle rigola légèrement et posa son regard sur Coralyn qui regardait son père en fronçant les sourcils.
- Tu vas voir papa ? Demanda-t-elle en passant sa main dans les cheveux bouclés de sa fille.
- Yael ?
- Non, ça c'est papa...
La petite tourna la tête vers l'homme près d'elle et ce fut au tour de Julian de rougir. Hésitant, il tendit les bras vers la petite et celle-ci ne se fit pas prier. Un rire s'échappa des lèvres de Julian alors qu'il la réceptionnait. Ses bras serrèrent alors ce petit être contre lui, fermant les yeux. Ayla, plus touchée qu'elle ne l'aurait cru, ne empêcher son cœur de se serrer...
**
- Je pourrais revenir la voir ? Demanda Julian, le regard posé sur sa fille qui dormait dans son lit.
- Bien sûr, fit Ayla en remontant sa couverture.
- Demain ?
Ayla éclata de rire et brancha la baby phone. Ils sortirent de la chambre et descendirent au rez-de-chaussée. Là, elle tendit l'appareil à Gina, la baby-sitter.
- Je pense que je serais tard, fit Ayla à Gina, je dois faire la fermeture et je ne suis pas sûre de trouver un taxi...
- Je pourrais te ramener...
Ayla tourna la tête vers lui, surprise.
- Ce n'est pas sur ton chemin, je...
- ça ne me dérange pas...
- Je... Euh d'accord...
Julian lui fit un sourire et attrapa la veste d'Ayla avant de la lui donner.
**
Il était maintenant minuit et Ayla descendait de la scène pour se diriger vers le bar. Elle s'assit sur un tabouret libre en face de Julian qui enregistrait les dernières commandes sur la machine. Un soupire s'échappa de ses lèvres alors qu'il reprenait une nouvelle fois la commande en cours.
- Tu n'y arrives toujours pas ? Demanda-t-elle alors qu'une serveuse lui donnait son verre d'eau citronné habituel.
- Je commence à désespérer... Soupira-t-il.
- C'est simple, regardes.
Ayla se pencha alors au dessus de l'appareil et commença à pianoter dessus, inscrivant la commande. Et lorsque Julian su quoi faire, il approcha sa main pour attraper celle de la jeune femme. A ce contact, Ayla ne pu s'empêcher de rougir une nouvelle fois et croisa le regard de Julian pour ne plus le lâcher. La musique, les gens autour d'eux, plus rien ne comptait.
Je n'arrive pas à te haïr, à te détester... Comment fais-tu ça Julian ?
- Tiens Ayla, Gaël est là ! S'écria l'une des serveuses, coupant le contact entre Julian et la jeune femme.
Ayla enleva alors sa main de celle de son ancien amant et se rassit sur sa chaise, tournant la tête pour ne pas montrer le trouble qui l’assaillait à cet instant. Julian quand à lui, releva la tête pour regarder dans la direction que lui indiquait la serveuse.
- Non mais c'est pas vrai ! S'écria-t-il légèrement énervé.
Surprise, Ayla regarda à son tour et un sourire étira ses lèvres. Sur la piste de danse, Gaël dansait, passant ses mains sur le corps d'un Edwin particulièrement séduisant ce soir. Le brun passa alors ses mains sur la nuque du jumeau et murmura quelque chose dans son oreille. Gaël rigola légèrement avant de happer ses lèvres dans un baiser enfiévré. Leurs mains s’entrelacèrent et Gaël tira dessus, les faisant disparaître du regard d'Ayla et de Julian.
Ce dernier lâcha un juron et souleva la trappe du bar pour aller les rejoindre, mais Ayla se mit devant lui, posant sa main sur son torse.
- Laisses-le Julian, tu ne peux rien y faire...Dit-elle en haussant les épaules.
- Tu m'as dit la même chose quand Edwin à embrasser Eliott et je t'ai écouté et regardes ce qu'il s'est passé après, souffla-t-il, en colère.
Vivement, il s'échappa de la prise d'Ayla et s'enfonçant dans la piste de danse...
Flash-Back
Il était 15 heures et les quatre jeunes étaient au snack. Gaël et Julian jouaient au billard tandis que Ayla et Edwin discutaient, un soda à la main. Mais le brun n'était pas vraiment porté sur la discussion, son regard ne cessant de se poser sur son petit-ami.
- Tu m'écoutes Edwin ? Souffla Ayla dans un soupire.
- Oui excuses-moi, s'écria Edwin en tentant de se concentrer sur ce que lui disait son ami.
Mais son regard dériva une nouvelle fois. Il vit Gaël poser la canne en rigolant avec son frère et il se dirigea vers le comptoir. Seth se rua alors vers lui, s'asseyant sur le siège à ses côtés. Les sourcils du brun se froncèrent alors qu'il regardait Seth frôler volontairement le bras de Gaël.
- Qu'est-ce que tu attends pour aller marquer ton territoire comme d'habitude ? Demanda Ayla, en regardant elle aussi la scène.
- Je ne peux plus rien dire Ayla... Répondit Edwin, d'une petite voix, je n'ai plus le droit d'être jaloux...
- C'est Gaël qui te l'a dit ?
- Non, non, c'est moi...Je... Je ne veux pas qu'il me quitte.
Un soupire s'échappa des lèvres d'Ayla et elle posa sa main sur celle du brun qui avait baissé la tête.
- ça fait un mois que tu as embrassé Eliott et il a accepté de passer l'éponge, dit-elle dans un sourire, Si Gaël t'a pardonné, il faut que tu le fasses aussi...
- On... On ne couche plus ensemble, murmura-t-il faiblement pour ne pas être entendu de sa mère qui servait les clients
- Quoi ? Fit Ayla surprise, je croyais que vous l'aviez fait direct quand vous vous êtes remis ensemble ?
- Oui mais depuis... Rien...
Edwin attrapa sa paille et commença à jouer avec, lançant des regards nerveux vers Seth et Gaël.
- Et je sais qu'il se retient, poursuivit-il en haussant les épaules, je veux dire, hier soir, il est venu dîner à la maison et quand ma mère est sortie avec Alban, on a commencé à s'embrasser, mais quand j'ai voulu aller plus loin, il a soudainement voulu regarder un truc débile à la télé... Et c'est comme ça à chaque fois...
- Je suis sûre que tu te fais des idées, répondit Ayla en regardant son ami.
- Il n'a plus aucun geste tendre, à chaque fois qu'on se voit, il met cette distance entre nous et dès que je veux qu'on fasse quelque chose tous les deux, il vous invite... Si je ne lui avais pas dit que ma mère sortait hier, il ne serait jamais venu... Je crois surtout qu'il ne m'a pas pardonné... Et qu'il est à deux doigts de me quitter.
- Edwin...
Mais Ayla n'eut pas le temps de continuer, Seth se levait, appelant Edwin pour aller avec le reste de l'équipe à l’entraînement. Le brun attrapa son sac et se leva à son tour, avant de se mettre devant Gaël, sûrement en quête d'un baiser. Mais le jeune homme déposa ses lèvres furtivement sur la joue d'Edwin avant d'aller retrouver son frère au billard.
Le jeune homme tourna la tête vers Ayla et cette dernière n'eut pas de mal à comprendre qu'il était à deux doigts de pleurer. Mais déjà les membres de son équipe le tirait pour aller au stade...
**
- Ah, je te trouve enfin ! S'écria Ayla en se dirigeant vers Gaël.
Au son de sa voix, le châtain sursauta et se retourna, regardant son ami comme prit sur le fait. Il se trouvait accoudé contre le mur des vestiaires à l'abri des regards, observant Edwin jouer au foot.
- Pourquoi est-ce que tu es là, dit-elle surprise, d'habitude tu es sur les gradins.
- Il y a du vent aujourd'hui, alors je suis venu là, répondit-il en haussant les épaules.
- J'ai plutôt l'impression que tu te caches...
Gaël ne répondit pas et se retourna, mettant ses mains dans ses poches. Ayla eut alors sa réponse et elle vint se mettre près de lui.
- Je croyais que tu lui avais pardonné ? Demanda-t-elle, sérieuse.
- Je l'ai fait... Souffla Gaël, le visage neutre.
- Alors pourquoi es-tu aussi distant ?
- Il t'en a parlé ?
- Bien sûr que oui, tu crois qu'il est aveugle, il voit bien que tu lui en veux toujours !
Un soupire s'échappa des lèvres du châtain et il s'assit sur le banc en pierre près de lui.
- Je ne lui en veux pas... Dit-il, dans un soupire, enfin je ne lui en veux plus...
- Qu'est-ce qu'il se passe dans ce cas ? Répliqua Ayla, en s'assaillant près de lui.
- C'est exactement ce qu'il se passait avec Seth, il y a 3 ans... Je lui en demandais trop et il a finit par aller voir ailleurs... Et comme j'étais bien entiché, je n'ai rien dit... Mais là... Là je suis amoureux d'Edwin, mais il est trop jeune... Je n'ai pas envie de croire en cette histoire s'il n'est pas sûr... Alors je préfère ne pas trop le coller et le laisser réfléchir.
- Tu es idiot ou quoi ?
Gaël releva la tête, fusillant son amie du regard.
- Il a fait une bêtise et il s'en est rendu compte juste après, commença-t-elle dans un souffle. A l'instant même où il a comprit qu'il risquait de te perdre, il a tout arrêté. Et quand il t'a perdu, c'est devenu un épave. Il est amoureux de toi Gaël...Vraiment amoureux, même s'il n'a que 16 ans. Tu connais Edwin aussi bien que moi, tu crois vraiment qu'il supporterait tout ce que tu lui fais subir depuis un mois sans rien dire s'il n'était pas sûr ?
Le châtain baissa la tête une nouvelle fois, accusant les mots de la jeune fille.
- Il pense que tu ne lui pardonnes pas... Il pense que tu vas bientôt le quitter et pourtant il ne dit rien, il se contente de ce que tu lui donnes même si ça lui fait un mal de chien. Tout à l'heure j'ai cru qu'il allait se mettre à pleurer quand tu ne l'as pas embrassé.
- Je ne veux pas...
- L'étouffer ? S'écria Ayla en se levant, vous êtes amoureux l'un de l'autre, alors reprenez vos minauderies, vos câlins, vos embrassades et vos parties de jambes en l'air à tout va. Arrêtes de te poser des questions. Tu lui as pardonné alors soit tu mens et tu ferais mieux de rompre tout de suite, soit c'est la vérité et tu ferais mieux de recommencer à être toi si tu ne veux pas qu'il fasse une dépression.
Et sur ce, la jeune femme s'en alla, laissant le jeune Gaël totalement perdu.
**
Cela faisait une heure que la petite bande était au cinéma pour voir une comédie. Ayla se trouvait entre Julian et Gaël et Edwin se tenait près de son petit-ami. Sa main posée sur l’accoudoir, il semblait attendre que Gaël se décide à entrelacer leurs doigts, mais ce dernier ne semblait pas la voir.
Un soupire s'échappa des lèvres de la jeune femme et elle donna un coup de coude à son ami qui tourna immédiatement la tête vers elle. D'un mouvement de la tête, elle lui montra la main d'Edwin. Gaël resta un moment à la regarder semblant peser les pour et les contres. Puis, son regard se posa sur le visage d'Edwin, concentré dans le film.
Quelques secondes défilèrent et doucement, Gaël leva la main avant de la poser sur la paume de son amant. A ce contact, Edwin tourna la tête vers lui, surpris. Gaël entrelaça alors leurs doigts et un sourire étira ses lèvres. Alors, tendrement, il s'abaissa, posant ses lèvres sur celles du brun. Un baiser doux, tendre et plein d'amour, comme ils avaient l'art de le faire...
Fin du Flash Back
Ne vois-tu pas l'évidence Julian ? Ils sont faits pour être ensemble. Et même si tu essayes de te battre contre ça, tu ne fais que retarder cette évidence. Même si tu as dormis pendant deux ans, tu restes le même. Tellement que ça en est déconcertant. Tu reprends ta place auprès de nous, comme si rien n'avait changé. Comme si nous n'avions pas pu vivre sans toi.
Il était 4h30 du matin lorsque Ayla et Julian sortirent de l'Apple Blue pour rentrer dans la voiture. Julian avait les nerfs à vif et il était hors de questions qu'Ayla cherche à le consoler. Car elle savait très bien que ça allait se finir en dispute. Et elle n'en voulait pas maintenant.
Le jeune homme démarra sans un mot et la raccompagna devant chez elle. Ce fut cet instant seulement, alors qu'Ayla le remerciait, qu'il éclata.
- Il vous manipule toi et Gaël et vous vous faites à chaque fois avoir, lâcha-t-il, les dents serrées.
- Nous y voilà...
Un soupire s'échappa des lèvres de la jeune femme et elle se tourna vers lui le regard noir.
- Même si tu n'es pas d'accord avec ça, commença-t-elle la voix dure, ils finiront quand même par se remettre ensemble, parce qu'ils sont amoureux l'un de l'autre.
- L'amour ne fait pas tout dans une relation, lâcha-t-il énervé.
C'est vraiment ce que tu penses ?
Le cœur d'Ayla se serra dans la seconde et elle laissa sa colère se déchaîner en elle.
- Tu ne sais rien Julian... Souffla-t-elle la voix emprunte de fureur. Tu ne sais pas ce qu'il s'est passé pendant deux ans... Gaël sortait avec des gars et les quittait avant de s'attacher après Edwin, mais quand tu es tombé dans le coma, il s'est fait un mec différent tous les soirs.
Son regard croisa alors celui du jumeau, un regard noir qui le fit frissonner.
- Ces gars qui dansent devant Gaël, qui le reluquent, qui le draguent... Ils font ça parce que Gaël est devenu la pute de l'Apple Blue. Le gars qui se fait n'importe qui sans rien demander... Et moi j'ai essayé de lui faire retrouver la raison, j'ai essayé de lui faire arrêter tout ça, mais plus je lui parlais et plus il continuait. Puis Edwin est arrivé. Il est arrivé et... Il a arrêté de se faire n'importe qui et le pire c'est qu'il ne s'en est même pas rendu compte.
Julian baissa la tête, accusant les dires de son ami.
- Je ne sais pas si je lui ai pardonné... Poursuivit-elle en posant sa main sur la poignée de la porte, je lui en veux encore d'être partit, de nous avoir laissé, de lui avoir brisé le cœur encore une fois, mais ce que je vois c'est que même si Gaël le repousse, même s'il ne veut pas qu'Edwin l'aime, quand il est là... Il redevient celui qu'il était et ça... Et ça c'est tout ce que je veux.
Elle sortit alors de la voiture, mais avant de sortir, elle regarda une nouvelle fois son ancien amant.
- Tu dis que l'amour ne fait pas tout ? Fit-elle tristement, pourtant c'est l'amour qui m'a fait t'attendre pendant deux ans. C'est l'amour qui m'a fait gardé Coralyn, et c'est l'amour qui a fait que je te parle encore alors que tu m'as brisé le cœur. Toi et Edwin, vous êtes les mêmes, vous brisez les cœurs mais la différence entre toi et lui, c'est qu'il essaye de réparer ses erreurs au lieu de vouloir tout ajuster à ses désirs.
Et sans plus attendre, elle claqua la porte de la voiture avant de rentrer chez elle, le cœur en miette.









